Venezuela : une crise qui secoue la région et inquiète la Colombie
L’année 2026 commence donc en fanfare et non loin de « chez moi ». Tu n’as pas pu échapper à l’info, à moins que tu sois en trip « chiens de traineau » au fin fond de la Laponie suédoise. Sans trop prendre parti, car tout le monde donne son avis sans vraiment connaître la situation DANS le pays, je vais quand même te donner le mien. Et t’expliquer mes inquiétudes pour ma vie quotidienne à Bogota. J’ai donc appelé cet article « Venezuela : une crise qui secoue la région et inquiète la Colombie ».
Résumé des événements récents
Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, Caracas a été le théâtre d’une opération militaire spectaculaire menée par les États-Unis. Des frappes aériennes ciblées et une incursion héliportée ont permis la capture présumée de Nicolás Maduro et de son épouse. Ensuite transférés vers les États-Unis pour y être jugés pour narcoterrorisme et trafic de drogue.
Les réactions internationales ont été immédiates. L’ONU a exprimé une vive inquiétude face à l’opération militaire américaine au Venezuela, qualifiée de « dangereux précédent » pour le droit international. Le Secrétaire général António Guterres a rappelé l’obligation de respecter la Charte des Nations unies et a appelé à un dialogue inclusif pour éviter une escalade régionale. Le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence, tandis que des experts dénoncent une violation manifeste de la souveraineté vénézuélienne.
Les réactions en Amérique du Sud ont été vives. La Colombie a condamné fermement l’intervention américaine, déployant des troupes à la frontière pour prévenir toute escalade et exprimant ses craintes d’une nouvelle vague migratoire. Le président Gustavo Petro a dénoncé une violation du droit international. Tandis que des pays comme le Brésil, l’Argentine et la Bolivie ont appelé à la retenue et au dialogue, redoutant une déstabilisation régionale.
Enfin, la Chine, « profondément choquée », a vivement condamné ce qu’elle qualifie d’« acte hégémonique » des États-Unis. Dénonçant une « violation grave du droit international et de la souveraineté du Venezuela » elle appelle à un règlement pacifique par le dialogue. De son côté, la Russie a dénoncé une « agression armée », exhortant à éviter toute escalade, exigeant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU et plaidant pour une résolution diplomatique.
Pourquoi Trump a-t-il agi ?
Je vais simple et concis, car tu l’as déjà lu partout.
1. Lutte contre le narcotrafic
Elle est présentée par Washington comme la justification principale de l’opération. Depuis plusieurs années, les États-Unis accusent le régime Maduro d’être au cœur d’un réseau transnational de trafic de cocaïne, en lien avec des cartels et des groupes armés comme les FARC dissidentes et l’ELN. Maduro et plusieurs hauts responsables vénézuéliens sont visés par des mandats d’arrêt pour narco-terrorisme. Des saisies maritimes ont déjà eu lieu en 2025 contre des navires soupçonnés de transporter des tonnes de drogue vers l’Amérique du Nord.
Pour Trump, neutraliser Maduro serait une manière de « couper la tête » d’un système criminel qui alimente la violence et la consommation aux États-Unis. Même si des experts contestent l’efficacité réelle d’une telle approche.
2. Contrôle du pétrole
Trump a déclaré vouloir « réinstaller les compagnies américaines au Venezuela » pour relancer l’exploitation pétrolière et renforcer l’influence économique des États-Unis. Pour l’avoir vécu, les installations pétrolières sont très loin de pouvoir reprendre directement du service. Les ports pour charger des tankers en route vers les USA, ne sont pas non plus en pleine forme.
3. Affaiblir l’axe Caracas-La Havane
Le régime Maduro est perçu comme un bastion idéologique allié à Cuba, ce qui alimente la stratégie interventionniste américaine.
Car le Venezuela et Cuba entretiennent depuis plus de deux décennies une alliance stratégique fondée sur l’idéologie bolivarienne et la coopération économique. Caracas fournit du pétrole à prix préférentiel à La Havane. Alors que Cuba envoie des milliers de médecins, enseignants et conseillers politiques, consolidant un partenariat qui dépasse le simple échange commercial.
Cette relation est perçue par Washington comme un axe anti-américain. Ce qui explique en partie la volonté de Trump de frapper le régime Maduro pour affaiblir l’influence cubaine dans la région.
4. Détourner l’attention de la situation politique intérieure
Trump pourrait utiliser cette intervention pour détourner l’attention des difficultés intérieures. Aux États-Unis, il fait face à des tensions politiques, des critiques sur sa gestion économique et des enquêtes judiciaires qui fragilisent son image. Une action militaire spectaculaire à l’étranger lui permet de projeter une posture de force. Et ainsi rallier son électorat autour du patriotisme et de reléguer au second plan ses problèmes domestiques. Ce type de stratégie, souvent qualifié de « diversion par la politique étrangère », a déjà été observé dans l’histoire américaine.
Critiques de l’intervention
Cependant cette opération américaine soulève deux critiques majeures. D’abord, l’absence d’autorisation du Congrès, ce qui remet en cause la légalité interne de l’intervention. Mais alimente aussi un débat sur la concentration des pouvoirs exécutifs en matière militaire.
Ensuite, des juristes internationaux dénoncent une violation flagrante de la Charte des Nations unies, notamment de l’article 2(4). Article qui interdit le recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État. Ces experts alertent sur le risque de créer un précédent dangereux pour l’ordre international et la stabilité régionale.
Vision colombienne : inquiétudes et enjeux
Sécurité à la frontière
La Colombie a renforcé sa présence militaire le long des 2 200 km de frontière avec le Venezuela, déployant des unités supplémentaires pour prévenir infiltrations et violences. Cette mesure vise à contenir d’éventuelles incursions armées, notamment face aux menaces de l’ELN qui a promis de riposter à « l’agression impérialiste ». Très présente dans le Catatumbo. Les autorités redoutent aussi une recrudescence des trafics et des affrontements dans les zones frontalières, déjà marquées par une forte présence de groupes illégaux. Car les militaires vénézuéliens sont impliqués dans tous les trafics, d’êtres humains, d’essence, d’or, de coltan et autres, et un vide risque de se créer. Or la nature a horreur du vide….
Migration et pression sociale
Ce dispositif s’accompagne d’une surveillance accrue des corridors migratoires pour éviter une crise sécuritaire et humanitaire simultanée. En Colombie, on recense actuellement environ 2,8 à 2,9 millions de ressortissants vénézuéliens installés dans le pays : ils représentent le principal flux migratoire de la région, soit plus de 70 % des migrants vénézuéliens en Amérique latine Soit simplement très pauvres, soit opposants au régime! Mais si cela secoue au Venezuela, peut-être que des membres du régime vont s’ajouter à ces migrants. Et on aurait alors le risque d’affrontements entre vénézuéliens des 2 camps, mais en Colombie!
Ensuite une nouvelle vague migratoire est redoutée, ce qui pourrait fragiliser les dispositifs d’intégration (travail, santé, éducation).
Élections présidentielles en juin
La Colombie va voter pour un nouveau président en juin 2026. Normalement Gustavo Petro n’a pas le droit de réaliser un deuxième mandat (même si des rumeurs courent qu’il voudrait amender la constitution pour ce faire). Et sans même sans ce soubresaut, la situation est tendue et la société très fracturée.
Alors, au cœur de la campagne présidentielle de juin 2026, cette crise renforce la stratégie de Gustavo Petro, qui dénonce l’ingérence américaine comme une atteinte grave à la souveraineté nationale, comparant même la situation à un conflit similaire à la Syrie ou à l’Irak et prévenant que toute action violente au Venezuela pourrait déstabiliser la Colombie. Son positionnement souverainiste lui offre une tribune pour consolider son électorat de gauche, qui valorise l’indépendance régionale.
Face à cela, l’opposition — structurée autour d’une coalition Uribe‑Gaviria — capitalise sur les inquiétudes sécuritaires et migratoires grandissantes, promettant une gouvernance stricte et sécurisée, en s’appuyant sur les tensions aux frontières et une forte pression sociale
Inquiétudes personnelles
L’intervention américaine au Venezuela bouleverse l’équilibre régional. Je m’inquiète donc, indirectement pour ma petite personne, qui vit dans le coin.
Pour la Colombie, je m’inquiètes des défis multiples : sécurité, gestion migratoire, et stabilité politique à l’approche des élections. Voir même des menaces américaines puisque Trump accuse Petro et donc la Colombie d’organiser la production de la cocaïne et son expédition vers les USA.
Pour le Venezuela, malgré 5 visites là-bas (San Cristobal de Tachira, Caracas et Merida) et quelques connaissances je suis bien ennuyé d’expliquer comment cela va tourner. J’imagine une grande partie de la population plutôt heureuse de la fin du régime Maduro. Mais, d’abord est-il vraiment terminé ce régime? Ensuite vont-ils accepter une forme de « mise sous tutelle » du pays par les américains. Enfin beaucoup de membres proche du régime ont beaucoup à perdre. Les militaires très mal payés mais de tous les trafics. Et les riches, qui contrairement à ce que beaucoup pensent, sont restés au pays faire des affaires.
Et si le pays résiste, plusieurs experts avertissent que toute intervention terrestre américaine au Venezuela risquerait de se transformer en un conflit prolongé et asymétrique, dans lequel l’armée américaine affronterait une guérilla structurée autour des milices bolivariennes et d’unités dissidentes de l’armée régulière, avec des combats urbains intenses. Même si ils jugent improbable une invasion de grande envergure. Car les forces états-uniennes ne disposent pas d’un objectif militaire clair, et une occupation nécessiterait des ressources humaines et logistiques considérables. En cas de retrait hâtif, la fragmentation sécuritaire pourrait conduire à une guerre civile latente, impliquant des groupes armés internes et régionaux.
Voici donc, malheureusement, contrairement à beaucoup, une crise que j’imagine longue et dont les répercussions dépasseront largement les frontières vénézuéliennes.
A suivre bien évidemment.








Très inquiétant pour vous sûrement mais pour la planète entière !
Maduro n’est sûrement pas un ange mais Trump est particulièrement imprévisible et dangereux !
Décidément , ça pète partout sur la planète et ça fait froid dans le dos !
On a décidément des grands chefs d’état dangereux et hors de tout contrôle …
On n’a pas fini de trembler ! Prenez soin de vous …
Super intéressant. Il manque cependant une petite carte israélienne, non? De toutes façons, c’est effectivement inquiétant.
Ah je suis bien moins au fait et je ne suis pas certain que cela joue vraiment dans cette zône là!
Merci Manu pour ton éclairage…c’est sûr que Trump est imprévisible et capable de tout
Merci Robert, mais je ne dirais pas « éclairage », juste un ressenti vu de plus près!
Gracias por este análisis compadre!! Muchos Venezolanos no quieren ver esa realidad. Es difícil cuando se quiere hablar de este tema con ellos . Comparto su alegria de liberarse de Maduro, pero lo que me inquieta es lo que vendrá después de todo esto.