Mémoire du Caqueta
J’aurais du choisir un titre plus précis que Mémoire du Caqueta. Car là pour l’instant c’est beaucoup trop vague pour toi. Mais bon ici comme ailleurs, voir plus qu’ailleurs même, le mot Mémoire est lié aux violences et aux victimes. Et dans le cas de la Colombie, les violence de la guerre civile, entre guérillas de gauche, milices paramilitaires de droite et narcotraficants.
Histoire du Caqueta
Sur ce thème évidemment. Tu l’as compris, sa situation, assez loin de tout, peu peuplé et isolé fut un terreau fertile pour des actes barbares innombrables.
En résumé, le Caquetá a été l’un des plus grands théâtres de guerre de la Colombie d’avant 2016. Marqué par quarante ans d’emprise totale du Bloc Sud des FARC sur les campagnes et le financement par le narcotrafic. L’échec historique de la zone de dialogue du Caguán (1998-2002) a déclenché une décennie de violence inouïe. Avec l’incursion de blocs paramilitaires (AUC) auteurs de massacres civils, combinée aux grandes offensives militaires du Plan Colombie.

Mémoire
Ce lourd passé d’enlèvements, de déplacements forcés et de traumatismes profonds est précisément ce qui rend les actions mémorielles actuelles indispensables pour réparer le territoire.
Florencia
Et cela commençait fort avec en face de notre hôtel, le centre d’attention et de réparation aux victimes du conflit. Avec un joli monument devant un bâtiment assez neuf.
Mais devant l’autre, celui qui accueille réellement les victimes venant demander réparation, moins classe, le monument est nettement plus percutant!




A Florencia toujours, sur la place San Francisco, celle avec la belle (plus jolie) église, un monument dédié aux victimes civiles des mines.

Avec de vraies mines dedans!
Morelia
Nous avions, le premier après midi visité le village de Morelia. Et entre-autres découvert sur le Malecon, une exposition définitive et assez récente retraçant les massacres, meurtres ou disparitions commis durant des années sur le territoire de la commune.
Des histoires toutes plus terrifiantes les unes que les autres. D’humbles travailleurs de la terre le plus souvent, dont la vie, et celle de leur famille basculeront un jour, souvent une nuit, brutalement. Le splus récent ne datant que de 2013, soit 2 ans …. avant mon arrivée dans le pays. Pour ceux qui penseraient que tout cela est loin derrière nous.
Morelia a une autre particularité: à une vingtaine de kilomètres de Florencia, mais sa configuration en fait un lieu unique . Car le village est bordé par la magnifique rivière Río Bodoquero. Qui offre des plages de sable et un cadre naturel exceptionnel qui tranche avec la moiteur étouffante de la jungle profonde.
Pour les acteurs du narcotrafic, c’était donc un carrefour de circulation discret.
Géographiquement, Morelia est une porte d’entrée vers le sud du département. Vers Belén de los Andaquíes ou San José del Fragua. Les rivières et les pistes rurales qui l’entourent permettaient aux acteurs armés de circuler discrètement sans avoir à traverser les grands checkpoints militaires de Florencia. Mais surtout avec ses eaux claires, Morelia a toujours été le balneario (la station balnéaire) du Caquetá. Pour les chefs des FARC (notamment du Bloc Sud) ou les intermédiaires du narcotrafic qui vivaient cachés dans la jungle ou dans les montagnes, Morelia était un sas de décompression idéal. C’était un lieu proche de la ville pour les affaires. Mais assez excentré et protégé par la nature pour s’y reposer, y faire la fête et dépenser l’argent de la coca. Et la presqu’île avec seulement 2 entrées possibles, très faciles à protéger et à surveiller.
C’est ainsi que de nombreux témoignages de petits avions remplis de prostitués ou de chanteurs connus atterrissant dans la zone sont reportés. Ci-dessous un des 2 accès.




San Jose Del Fragua
Village sur la même route que le précédent, mais plus au sud en direction du département suivant le Putumayo. Et même action sur le devoir de mémoire!
Belem de Andiaquies
Le dernier village (entre les 2) a lui aussi son lot de mésaventure. Mais plus ancienne celle-ci, car nous y trouvons la statue torturée du dernier des Andaquies. Peuple fier et, connus pour leur résistance féroce face à la colonisation espagnole, les Andaquíes ont fini par disparaître en tant que communauté distincte au fil des siècles. Décimés par les guerres, les maladies et l’assimilation forcée. Et laissant derrière eux une culture mystique et une connaissance profonde de la forêt.
Aujourd’hui, l’hommage le plus vibrant à leur dignité se dresse à l’entrée du village, vers le pont sur le Rio Boquedero. La monumentale statue de la « India Andaquí » (parfois appelée le monument aux fondateurs), sculptée par l’artiste Emiro Garzón. Cette œuvre puissante, représentant une femme indigène protégeiant sa terre, sert de gardienne de la mémoire locale. Et rappelle aux visiteurs que sous la beauté pacifiée du fleuve et des parcs naturels environnants repose le leg inestimable d’un peuple qui n’a jamais accepté de soumettre sa liberté.
Période acutelle
A noter, un peu comme à Mesetas, la situation actuelle, après une pause temporaire, le territoire fait face aujourd’hui à une reconfiguration complexe de la violence. Les zones rurales et les axes fluviaux subissent la loi des Dissidences des FARC. Notamment l’Estado Mayor Central, divisé entre les structures d’Iván Mordisco et d’Iván Calarcá, ainsi que la Segunda Marquetalia), qui s’affrontent violemment pour le contrôle du narcotrafic. Cette guerre pour le contrôle territorial maintient la population civile sous une forte pression. A travers un recours massif à l’extorsion systématique, au recrutement forcé et à de lourdes restrictions de mobilité. D’où une présence militaire bien plus visible que dans d’autres endroits en Colombie.
Cependant, comme à Mesetas également, on sent nos interlocuteurs, d’accord, car partie prenante dans le développement du tourisme (patron d’agence, guide, guides locaux,…), assez engagés dans le processus de Paix.
Mais quand même, promis demain, une version plus positive!












































Des villages et une région vraiment plombés par toutes les violences et la guérilla colombienne … Cela cessera-t’il totalement un jour ? On l’espère !
En tout cas , tu en fais un topo intéressant dont j’ignorais presque tout .
Que de violences…
Tout ça pour le pouvoir, la drogue ou même le chauvinisme.
Triste !
D’un continent à l’autre…même combat !
Vive la paix !
C’ est de la folie mais un beau challenge pour l’année de tes 50 ans.Bon courage